Retiré du circuit professionnel, Bruno Saby, 77 ans, continue de disputer des courses avec toujours la même motivation. Plus encore que l’esprit de compétition, son engagement dans l’association Espoir Isère Contre le Cancer constitue aujourd’hui le principal moteur de tous ses projets.

Dans les rallyes, comme dans la vie, ne jamais s’arrêter est le meilleur secret pour avancer. « Bruno a une vie ultra chargée. Il aime l’action, entreprendre, mener des projets et, surtout, il va au bout des choses. » Copilote de Bruno Saby sur les grands rendez-vous, Benjamin Boulloud ne tarit pas d’éloges sur la longévité de son conducteur. Avec pas moins de six décennies de carrière, l’« infatigable » bat tous les records d’ancienneté, mais il en veut encore.
« Je veux toujours être acteur, pas spectateur », proclame l’intéressé, le ton exalté. Confortablement installé dans le sofa de son garage, le natif de La Tronche (Isère) ne masque pas sa fierté devant la kyrielle de trophées qui décore tout un pan de la pièce. « Il y a ici à peu près un quart de mes victoires », assure-t-il. Juste en face de lui, quelque peu préservée de la poussière par une bâche en tissu, sa Lancia Delta Integrale, celle avec laquelle il a remporté son dernier titre de champion de France des Rallyes Terre, en 1991.
« Je veux toujours être acteur, pas spectateur », Bruno Saby
De ses premières courses en 1967 jusqu’à aujourd’hui, il en a reçu des récompenses, des coupes et des médailles. Vainqueur, entre autres épreuves légendaires, du Tour de Corse, du Rallye de Monte-Carlo ou encore du Paris-Dakar, le septuagénaire à la silhouette encore svelte demeure à ce jour le seul Français à avoir conquis les trois plus prestigieux rallyes du monde. Ce palmarès unique, il le doit à son talent bien sûr, mais surtout à sa défunte épouse, Renée, dont le soutien a immensément compté dans sa route vers les succès. « C’est grâce à elle que j’ai connu cette carrière. Elle a compris que j’étais fait pour la course automobile et elle m’a déchargé de tout. Sans elle, je n’aurais jamais pu partir 300 jours par an et gagner tout cela. »
« Avec ma notoriété, je peux plus facilement convaincre des partenaires de faire des dons », Bruno Saby
Un don de soi qui l’inspire, au point qu’aujourd’hui, dans une forme d’hommage à sa compagne emportée par la maladie il y a quinze ans, il offre à l’association Espoir Isère Contre le Cancer* tout ce que sa retraite de sportif renommé lui accorde. Du temps d’abord : « Le problème est que mon agenda se remplit trop vite », assure-t-il sourire aux lèvres. Son indéfectible goût pour la compétition, ensuite : « J’ai toujours la même envie de gagner qu’avant ». Et enfin, la célébrité : « Avec ma notoriété, je peux plus facilement trouver des partenaires. J’arrive à les sensibiliser et à les convaincre de faire des dons. »
Pour mener à bien cette quête, le touche-à-tout multiplie les projets, à la fois dans la course automobile et dans sa deuxième vocation, le golf. « Avec Espoir Isère contre le Cancer, j’organise tous les ans le trophée Renée Saby, qui accueille environ 300 golfeurs durant trois jours. Cet événement permet de promouvoir l’association et de récolter des dons pour la recherche contre le cancer. » En 2025, environ 50 000 euros ont été collectés. Cette année, il se déroulera les 28, 29 et 30 août à Uriage (Isère).
« Je ne me rends pas compte qu’il vieillit, car il a une santé extraordinaire », Pascal Serre, son coordinateur sur le Dakar
Si l’engagement de cet éclectique n’est pas nouveau, il a pris une tout autre ampleur depuis qu’il s’est retiré du circuit professionnel. « Je suis lié au caritatif depuis très longtemps. Alors, quand j’ai pris ma retraite, je me suis mis à fond dans Espoir Isère contre le Cancer. » A fond, presque un euphémisme pour celui qui vit comme il roule, à cent à l’heure. « Il ne s’arrête jamais », confie Pascal Serre, tantôt son copilote, tantôt son coordinateur sur les rallyes. « Je ne me rends pas compte qu’il vieillit, car il a une santé incroyable. Je pense que la passion le motive à garder cette forme », poursuit-il.
« J’ai développé de nombreuses relations en participant au Dakar », Bruno Saby
Dernier exemple en date, le Dakar. Vingt ans après sa dernière participation, le lauréat de l’édition 1993 a décidé de retourner dans les dunes du désert. C’était en janvier dernier, à presque 77 ans. Une fois n’est pas coutume, ce compétiteur-né ne visait pas la gagne. « Il ne va pas aussi vite qu’à 30 ans, notamment parce que la vue baisse. Mais il a réussi à terminer l’épreuve, ce qui est déjà impressionnant à son âge », retrace celui qui avait pour rôle de gérer les plans d’assistance. Au-delà de la performance sportive, sa grande réussite a été de médiatiser l’association pour laquelle il a accompli ce défi. « J’ai développé de nombreuses relations en participant au Dakar. Tous ces contacts ont par la suite fait des dons à l’association. »
Un défi réussi, mais que Bruno Saby n’a pas dans l’idée de reproduire. Toujours à droite et à gauche pour des rallyes nationaux ou pour des compétitions de golf, Bruno Saby ne manque pour autant pas d’objectifs. « Si je devais en citer trois, ce serait remporter le championnat VHRS (NDLR : véhicule historique de régularité sportive), continuer de promouvoir l’association et inciter de nouveaux bénévoles à prendre la relève. » Autant de projets qui lui assurent de ne jamais s’arrêter. Et de toujours avancer.
Cyril Sterpione
* Site internet : https://www.espoir-isere-cancer.com/
Bruno Saby en 5 dates :
1949 : Naissance à La Tronche (Isère)
1988 : Vainqueur du Rallye Monte-Carlo
1993 : Vainqueur du Paris-Dakar
2009 : Retrait du circuit professionnel
2026 : Retour sur le Paris-Dakar, après 19 ans d’absence
